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Étude publiée · Écosystèmes de montagne

Observer la végétation du Rwenzori depuis l’espace

Vingt-trois années d’observations satellitaires montrent où la végétation des monts Rwenzori reste saine, où elle est sous pression, et comment sa verdure a diminué depuis 2002.

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Série satellitaire
23 ans
Images traitées
3 586
NDVI moyen, 2002 → 2024
0,56 → 0,31
Indice de surface foliaire moyen, 2002 → 2024
2,20 → 0,92

Comment lire les chiffres : les valeurs de 2002 et 2024 sont des cartes annuelles moyennes sur l’ensemble du massif. Parmi les tendances annuelles, seule la baisse du NDVI est statistiquement significative.

01Question

Un haut lieu de biodiversité sous pression

Les monts Rwenzori s’étendent sur environ 110 km le long de la frontière entre la RD Congo et l’Ouganda et culminent à 5 109 m. Leurs forêts de montagne et leur végétation afro-alpine abritent des espèces endémiques et alimentent les rivières de la région. Le recul des glaciers y est bien documenté, mais l’évolution à long terme de la végétation des hautes pentes a reçu beaucoup moins d’attention.

02Méthode

Quatre regards satellitaires sur un même massif

L’étude a utilisé les observations MODIS Aqua de 2002 à 2024, choisies pour leurs passages d’après-midi, moins affectés par les nuages et le brouillard du matin. Deux indices de végétation, le NDVI et l’EVI, ont mesuré la verdure à 250 m ; deux paramètres biophysiques, l’indice de surface foliaire (LAI) et la fraction du rayonnement photosynthétiquement actif absorbé (FPAR), ont mesuré la structure et le fonctionnement du couvert à 500 m. Après un filtrage qualité, des tests de Mann-Kendall, une analyse des ruptures et des statistiques de points chauds ont retracé les changements dans le temps et l’espace.

  • MODIS Aqua
  • NDVI · EVI · LAI · FPAR
  • Mann-Kendall · ruptures
  • Points chauds Getis-Ord Gi*

03 / Résultats

Un déclin lent aux motifs nets

01

La verdure recule depuis 2002

Le NDVI moyen est passé de 0,564 en 2002 à 0,308 en 2024, et l’EVI moyen de 0,367 à 0,213. La baisse annuelle du NDVI est statistiquement significative, signe d’une dégradation de la végétation à long terme.

02

La saison sèche révèle le stress

Les tendances significatives sont négatives et concentrées dans la saison sèche de décembre à février : la FPAR en décembre, puis la FPAR et le LAI sur l’ensemble de la saison. Les tendances positives de juin et septembre ne sont pas significatives.

03

La végétation la plus saine se trouve à mi-pente

Les points chauds de végétation dense se situent surtout entre 1 400 et 2 800 m, sur les versants nord-est, est et sud. Les points froids apparaissent au-dessus de 3 000 m autour des sommets englacés et sous 1 400 m sur les pentes ouest congolaises, où la pression humaine fragmente le couvert.

04

Une rupture en 2023, sans cause connue

L’analyse des ruptures détecte un changement en 2023 dans les quatre produits. Les auteurs n’ont pas pu le relier à un événement documenté : ses causes restent incertaines.

Lire les cartes

Où la végétation se regroupe, saine ou sous pression

Quatre cartes des monts Rwenzori montrant les points chauds en rouge et les points froids en bleu pour le NDVI, l’EVI, le LAI et la FPAR, avec les principaux sommets, la courbe de niveau de 1 400 m et la frontière RD Congo–Ouganda.

Analyse des points chauds de quatre produits satellitaires dans les monts Rwenzori. Le rouge indique des regroupements statistiquement significatifs de valeurs élevées, le bleu de valeurs faibles. Les points froids se concentrent au-dessus de 3 000 m autour des sommets englacés et sur les pentes ouest les plus basses ; les points chauds se situent surtout à moyenne altitude, sur les versants nord-est, est et sud.

Figure 10, Posite et al. (2025). © Les auteurs. Reproduite sans modification ; taille d’affichage adaptée. CC BY 4.0 · Article source

04 / Interprétation

Ce que les satellites voient — et ne voient pas

À 250–500 m, les pixels MODIS mélangent plusieurs types de couverture, et le NDVI sature en forêt dense ; l’EVI, le LAI et la FPAR ont été ajoutés pour compenser. La couverture nuageuse persistante, surtout d’août à novembre, laisse encore des lacunes. L’étude identifie où et quand la végétation a changé ; elle déduit, sans les mesurer, les rôles du climat et de l’utilisation des terres, et recommande des données radar et lidar pour renforcer la surveillance future.

Référence

Earth Systems and Environment · 2025

Posite, V. R., Ahana, B. S., Abdelbaki, C., Saber, M., Kantoush, S., Khaldoon, M., Guadie, A. & Kumar, N. (2025). Decoding Vegetation Dynamics in High-Altitude Tropical Ecosystems: A Spatio-Temporal Assessment Using Multi-Index and Biophysical Remote Sensing Products (2002–2024). Earth Systems and Environment, 10(3), 2403–2423.